Mercredi 16 mai 2007

                                 premier chapitre des"Hirondelles de Techernobyl"

  Le rêve 

Souvent, elle fait ce rêve … 
Par une belle soirée de juin, elle déambule 
dans l’Avenue principale de Tchernobyl 
Seule être vivant 
parmi les clones lapidaires de sa propre identité,.
Elle est la femme des tableaux de Delvaux, 
translucide sur fond de camaïeux de gris 
sous la lumière métallique de la pleine lune. 
Invariablement, elle pénètre dans ce qui fut 

la dernière fête foraine de la ville 
et s’immobilise devant un manège 
de chevaux de bois, 
vestige désuet d’une polychromie d’opérette. 
Là, indifférente à la décrépitude ambiante, 
elle attend le retour des hirondelles albinos… 
Tous les soirs, 
elles reviennent se poser, 
en un interminable « copier » « coller », 
le long d’une ligne électrique sans objet…
ballerines timides d’une chorégraphie de l’absurde, 
hésitantes et maladroites, 
superposant leurs silhouettes floues de plumage blanc 
sur le gris humide des réacteurs agonisant 
dans leurs carapaces de béton fissuré. 
Silencieuses, 
elles se pressent les unes contre les autres 
et s’immobilisent sans vie. 
Judith voudrait les compter, 
les dissocier, 
leur attribuer une parcelle d’identité. 
Mais jamais elle n’y parvient 
Coupable de ne pas avoir su les sortir de leur 
anonymat glacé, elle se réveille en larmes. 
Toutes les erreurs passées et à venir de l’humanité 
s’imposent alors à elle avec l’évidence de la révélation.

 

 

 

Par chimbroth - Publié dans : time waits for no one
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