premier chapitre des"Hirondelles de Techernobyl"
Le rêve
Souvent, elle fait ce rêve …
Par une belle soirée de juin, elle déambule
dans l’Avenue principale de Tchernobyl
Seule être vivant
parmi les clones lapidaires de sa propre identité,.
Elle est la femme des tableaux de Delvaux,
translucide sur fond de camaïeux de gris
sous la lumière métallique de la pleine lune.
Invariablement, elle pénètre dans ce qui fut
la dernière fête foraine de la ville
et s’immobilise devant un manège
de chevaux de bois,
vestige désuet d’une polychromie d’opérette.
Là, indifférente à la décrépitude ambiante,
elle attend le retour des hirondelles albinos…
Tous les soirs,
elles reviennent se poser,
en un interminable « copier » « coller »,
le long d’une ligne électrique sans objet…
ballerines timides d’une chorégraphie de l’absurde,
hésitantes et maladroites,
superposant leurs silhouettes floues de plumage blanc
sur le gris humide des réacteurs agonisant
dans leurs carapaces de béton fissuré.
Silencieuses,
elles se pressent les unes contre les autres
et s’immobilisent sans vie.
Judith voudrait les compter,
les dissocier,
leur attribuer une parcelle d’identité.
Mais jamais elle n’y parvient
Coupable de ne pas avoir su les sortir de leur
anonymat glacé, elle se réveille en larmes.
Toutes les erreurs passées et à venir de l’humanité
s’imposent alors à elle avec l’évidence de la révélation.